Les marchands d'Aurore Sous un ciel de néons où s'endort l'espérance, La Justice a vendu son antique balance ; Ses plateaux sont d mais leurs poids mensongers S'inclinent sans pudeur devant les grands banquiers. Le pauvre, chaque jour, courbe un peu plus l'échine, poitrine ; Son pain sent la sueur, son sommeil le remords, Quand d'autres font danser des montagnes de morts. Les temples du Profit, aux colonnes de verre, Élèvent dans les airs leur insolente guerre. Leur encens est l'argent ; leur psaume est un contrat ; Leurs saints sont les écrans où scintille le gras. Le mensonge a fleuri comme une fleur exquise, Dont le parfum subtil enivre et terrorise. Le peuple, fasciné par ses pétales noirs, Y plonge avec ferveur le miroir de ses soirs. L'Enfant tend vers le ciel des mains encore pures ; On lui sert des calculs, des chiffres, des censures. Avant même d'aimer les arbres et les mers, Il les chairs. La Vérité chemine en haillons, solitaire, Son visage est couvert de poussière et de guerre. Elle frappe aux palais ; nul ne lui répond plus. Les miroirs sont vendus ; les regards sont déçus. Pourtant, dans les égouts où descend la lumière, Je vois parfois passer une étrange prière. Un sourire inconnu, fragile et sans éclat, Qui refuse en silence à vendre son combat. Peut-être qu'un matin, las de tant de servages, Le Vent renversera les doru res des cages ; Et l'Homme, réveillé de son profond sommeil, Osera regarder sans marchand son soleil. Mais l'heure est au parfum des roses vénéneuses, Aux lèvres des discours, aux promesses soyeuses. La Ville offre ses lys dont les cœurs sont de plomb... Et Satan les bénit d'un magnifique nom.